Le Soir - Vendredi 22 août 1997

Rencontres / Sélection du théâtre jeunes publics, à Huy

L'opposition, pour grandir plus haut

A Huy, les rencontres/Sélection entrent dans leur rythme de croisière... et de croisade. Jouer pour le jeune public comme on part en lutte. Pacifique, le piquer au vif - et sa curiosité aussi - sans le blesser, ni l'assommer, ni l'endormir. Tous les goûts sont permis : seuls ceux qui loupent l'objectif sont proscrits...
Développer chez l'enfant sa capacité à la réflexion, à la décision et à l'action - lui donner conscience du mot qu'il a à dire -, telle semblait être la base des quatre créations du jour.
Leur stratégie commune, dans le sujet ou dans la forme : l'opposition.

GLOU-GLOU ADMIRATIF !

On parle souvent du pouvoir des hommes sur les femmes, rarement de l'inverse. Le manque est aujourd'hui comblé, avec un panache magistral, par la Compagnie des Mutants.
La trame de leurs " Poules " vient d'Aristophane : des femmes, menées par Lysistrata, décident de faire pression sur leurs maris pour qu'ils abandonnent leurs sempiternelles querelles. Et la grève de l'amour débute.
Avec les Mutants, l'histoire prend l'opérette pour forme et un poulailler pour cadre. Dans le décor et les costumes efficaces de Zouzou Leyens, on chante, on danse, on caquète... et, surtout, on ourdit ce qui fera de demain un jour plus sain.
La poulette, l'oie, la paonne et la dinde (Martine Godart, Tatiana Bureaux, Pascale Vyvere et Brigitte Mariaulle) rebondissent avec personnalité et humour au rythme du texte et de la mise en scène clairvoyante de Pierre Richards. Farcies d'émotions justes et de répliques qui font mouche, émaillées des interventions rigolotes de Marc Keiser, en charge du piano (à bretelles), " Les Poules " sont de ces pièces qui font du bien par où elles passent !

Laurent ANCION.

La Libre Belgique - Jeudi 21 août 1997

Péril en la volaille

" Les Poules " truculentes de la Compagnie des Mutants
s'adonnent à une farce lyrique où volent les jeux de scène et de mots.
Valse à mille temps à Huy.

Premier grand moment de bonheur à Huy grâce à une remarquable farce lyrique en quatre tableaux pour quatre gallinacés et un pianiste. Le ton est donné. Les truculentes " Poules " de la Compagnie des Mutants ont conquis un public enchanté qui les a littéralement ovationnées.
Vivant, chantant, dansant, humoristique voire interactif, ce spectacle pour tout public à partir de dix ans fait autant rire les petits que les grands.
Les premiers se laissent emporter par le jeu scénique des quatre actrices qui remuent croupions et crêtes à souhait. Les seconds se délectent d'une valse de jeux de mots allant de deux à mille temps.
Par une nuit de pleine lune, dans ce poulailler où l'on cause, se prépare en effet une véritable guerre des sexes.
Poule, dinde, paonne et oie commenceront par y " exprimer leur malaise " face aux maris, qui passent leur temps à se voler dans les plumes.
Après une semaine de véritable siège durant lequel les quatre guerriers auront bel et bien dû se passer de leur repos, les gallinacés femelles cèdent en offrant une démonstration de French-cancan sur le mur du poulailler. Ni plus, ni moins..
Improvisation après improvisation, quatre personnalités bien différentes ont vu le jour, toutes avaient en commun le désir de se plaindre et pour éviter le piège du théâtre psychologique et naturaliste, quatre volailles ont éclos chez les Mutants.
La fable a trouvé ses racines dans deux pièces d'Aristophane, " Lysistrata " et " L'Assemblée des femmes ". Ecrites respectivement en 411 et 392 avant J.-C., toutes deux traitent de la féminine volonté de prendre le pouvoir pour que la paix et l'égalité règnent enfin.
Traduit ici sur fond d'opérette, le message reste percutant et la forme choisie prouve que rire et réfléchir ne sont pas forcément antinomiques.
Sollicitée dès la sortie de la représentation pour tourner en France, la Compagnie des Mutants - qui nous avait déjà régalés avec " La Valse du Crapaud " - va probablement laisser voler ses poules toute la saison durant.

Laurence BERTELS.

Arlon, le 11 septembre 1997
Journal " Les Parents et l'Ecole "
Union des Fédérations de Parents de l'Enseignement Catholique

Pour les 12 à 15 ans...LES POULES par la Compagnie des Mutants.

Coup de foudre de la presse.

Au fil des années, cette Compagnie augmente son audace théâtrale et réussit avec de plus en plus de brio. Pierre Richards, qui a assuré l'écriture et la mise en scène de ce spectacle, a un talent fou. Je salue au passage l'excellente scénographie de Zouzou Leyens et de son équipe. Quant aux comédiennes : Tatiana Bureaux, Martine Godart, Brigitte Mariaulle, Pascale Vyvere, sans oublier Marc Keiser - le musicien - alors là ... elles ont atteint une performance sans pareil.
Spectacle décapant, hilarant et très profond à la fois où les femmes décident de prendre le pouvoir dans le couple sous la métaphore d'un poulailler.
Les expressions imagées émaillent ces cinquante minutes de part en part.
Tombant vraiment à propos, justes et bien dosées, elles sont remplies de bon sens.
Spectacle tout public car chacun peut y trouver son compte suivant l'âge et la situation familiale. Il y a de plus un côté politique réconfortant pour la gent féminine. Les adultes se régaleront de comportements conjugaux qu'ils ont déjà vécus une fois ou l'autre.
Les enseignants peuvent demander une animation dans les écoles en vue de bien préparer le spectacle qui vraiment mérite d'être vu. Personne ne sera déçu, je vous le garantis.

Chantal PERPETE


Le Ligueur - 24 septembre 1997

Théâtre jeune public, entrez en scène !

Du côté du rire et de la farce

Les poules
Compagnie des Mutants

Coup de foudre de la presse

Coup de maître pour la Compagnie des Mutants avec cette farce pleine d'éclats ! Sur un rythme emporté, avec une envolée de revendications mêlées au rire et à la farce, quatre " gallinacées " bien typées, poule, dinde, paonne et oie nous font vivre leurs tribulations suite à la grève du sexe qu'elles ont décidé de mener pour mettre fin à la guerre que se mènent sans relâche leurs mâles endiablés. Truffées de jeux de mots, d'humour tendre et joyeux, de mises en situation cocasses, cette farce lyrique inspirée d'une pièce d'Aristophane nous fait rire sans répit. Dans un jeu plein de générosité, les quatre comédiennes (Tatiana Bureaux, Martine Godart, Brigitte Mariaulle et Pasacle Vyvere) rendent leur personnage avec une subtile justesse en évitant de loin le piège d'un féminisme déplacé ou celui d'une farce trop grasse. Une théâtralité riche par la mise en scène, les costumes, la scénographie, la musique et les chants. Un sujet digne d'intérêt, traité avec beaucoup de pertinence et d'actualité : clin d'œil sur la vie des couples ainsi que sur les différentes figures de l'éternel féminin. Les adolescents apprécieront ce spectacle de grande qualité. Le public de Huy a pour sa part carrément ovationné nos quatre " gallinacées " sans oublier Marc Keiser qui orchestre derrière son piano cette histoire de poulailler en prêtant sans prétention sa voix aux différents mâles de la fable !

Colette TOUSSAINT

Le Soir - Mercredi 13 août 1997

En petit et en grand, des Mutants pas débutants

A bord du chalutier, belge et francophone, du théâtre pour l'enfance et la jeunesse - vaste embarcation bigarrée dont la réputation dépasse largement les eaux nationales - certaines compagnie occupent une proue bien légitime.

Au gré régulier de ses piquants spectacles, la compagnie des Mutants est devenue une de celles-là. Quatorze années d'existence, quatorze créations, dix participations aux Rencontres/Sélection Théâtre jeunes publics de Huy, une à la programmation " off ", une quinzième création à découvrir lors de la prochaine Sélection ... Aujourd'hui emmenés par Martine Godart et Yolande Cortesia - qui avec Catchou Myncke, furent à l'origine de la Compagnie - les Mutants tiennent bon le vent !

Pour mieux comprendre les particularités de leur travail théâtral, on se livrera à un calcul simple, sur base des quelques chiffres avancés plus haut : au total, la compagnie des Mutants retint trois spectacles de leur saut sur les scènes hutoises. Un choix délibéré ? Pas dans un premier temps. Notre but était de travailler avec un petit public, explique Christine Godart, unique comédienne de ces trois créations. L'idée première était de faire des animations pour les tout-petits, en parallèle avec les spectacles destinés à leurs aînés. Puis, en cours de préparation, la forme a évolué.

Résultat : en 1992, " Papita " est devenu animation-spectacle, mais reste destiné à un public de taille réduite. Une juge qui lui interdit l'accès aux Rencontres/Sélection de Huy : l'aide de la Communauté française en milieu scolaire ne peut s'établir que pour un spectacle qui permet la présence d'une large audience. Ce qui, par définition, n'est pas le cas ici.

LES MUTANTS SE DEDOUBLENT AU SEIN D'UNE FORME UNIQUE

" Papita " précède de quelques mois " Haro ! ". Coup de cœur de la presse lors de la Sélection 93. Les deux spectacles sont fondés sur une thématique commune - le droit à la différence - mais se distinguent par le rapport qu'ils établissent avec le public. Après " Chamaloc ", en 1995, créé en miroir des " Rescapés de la salle de bain ", " Zoé ", dévoilé récemment (voir ci-dessous) vient ainsi répondre à " La Valse du crapaud ", présenté lors de la dernière Sélection. " Papita ", " Chamaloc ", " Zoé " : le compte y est. Trois spectacles qui s'immiscent dans l'intimité des classes - onze qui fréquentent les plus grands espaces. Je m'estime privilégiée, avoue Christine Godart. Les enfants sont tout près de moi. J'ai l'occasion de les voir avant, pendant et après le spectacle. C'est une formule rare, qui correspond bien à nos objectifs. Réunir les tout-petits dans une grande salle n'est pas possible. Il y a la peur du noir, le fait d'être dans un lieu qui n'est pas le leur, des adultes qui " font semblant " et qui jouent ... Je tiens à la proximité.

Les Mutants partent d'un principe simple mais vivifiant : Ce n'est pas le sujet qui détermine le théâtre pour enfants, mais la manière dont il est traité. Rien d'exclu à priori, et surtout pas les thèmes qui interrogent les grands. Un principe qui fut habilement entendu par une foule de créateurs, de metteurs en scène ou d'auteurs, de Charlie Degotte à Anne Van K., de Franco Dragone à Bruno Bulté... au bonheur du jeune public des Mutants, en format maxi ou mini.


LES POULES ONT DES DENTS...ET ELLES MORDENT

Livrée à l'appréciation des jurés de la prochaine Sélection, le nouveau spectacle de la sémillante équipe continuera d'explorer le lieu qui emporte sa préférence : l'envers du décor. Après l'univers futuriste et antagoniste de " Babel Circus ", en 85, l'ambiance felliniennement drôle d' "Eldorado ", en 86, ou l'absurde rigoureux et désarmant de " La Valse du crapaud ", en 96, " Les Poules ", farce lyrique en quatre tableaux, pour quatre gallinacés et un pianiste, proposera aux 10-15 ans une réflexion sur la condition des femmes. La forme choisie : l'opérette ! C'est peut-être un genre mineur, confesse Martine Godart, mais c'est surtout, pour nous, une nouvelle manière de mettre les choses à distance, tout en y réfléchissant de près.
Nées d'un travail de création collective, une dinde, une paonne, une poule et une oie seront amenées à prendre leur destin en main, face à leurs mâles emplumés. Sur une idée de Michel Van Loo, c'est Pierre Richards qui a écrit le texte et qui l'a mis en scène. La fable plonge ses racines dans deux pièces d'Aristophane, " Lysistrata " et " L'Assemblée des femmes ".
Les arguments gallinacés de Tatiana Bureaux, Brigitte Mariaulle, Pascale Vyvere et Martine Godart, soutenus par un coq en notes - Marc Keiser - convaincront-ils le jury hutois ?
Cela passera ou non, c'est légitime. Avant la confrontation avec le public, il n'y a rien de sûr...

Laurent ANCION


Avis du Jury - Mercredi 20 août

Les Poules - Compagnie des Mutants -

"Les Poules" est une face lyrique jubilatoire où quatre héroïnes, hautes en plume, donnent de la voix, au risque de coups de bec, devant leur coq ou dindon de "mari".

Se risquer à la farce était périlleux. Le défi est relevé avec un spectacle qui ne tombe jamais dans un humour grivois, dans un jeu qui confinerait à l'excès pour l'excès. L'humour est efficace, n'est pas concentré sur un personnage faire-valoir ou clownesque, mais s'équilibre dans le jeu des quatre gallinacées révolutionnaires. Le comique en forme de clin d'œil, le comique de situation, le comique de langage alternent joyeusement. Seule petite réserve : une accumulation de jeux de mots sur le registre du poulailler qui deviennent à la longue un peu trop prévisibles.

L'interprétation des quatre comédiennes est convaincante. Ni outrancières, ni bégueules, elles montrent un plaisir évident à jouer et à se jouer des stéréotypes. Elles évoluent dans une belle scénographie, à plusieurs niveaux de jeux, bien utilisée jusque dans ses recoins et ses trappes. Les chansons, leur interprétation et les interventions du pianiste font partie intégrante du spectacle et en étoffent les registres.

L'intérêt du scénario est de montrer une révolution pacifique. L'enjeu y est intéressant, même si (farce oblige ?) la psychologie des "belligérants" est caricaturale (les femmes lucides, les hommes bornés, violents).

La mise en scène est ludique, intelligente. Elle permet aussi un partage d'émotions, surtout à la fin, quand les poules (re)deviennent femmes, une scène particulièrement réussie.

"Les Poules" est un excellent spectacle de divertissement. Le professionnalisme de la Compagnie des Mutants est si évident que le jury espère qu'elle pourra aborder dans l'avenir (comme elle l'a fait dans le passé, d'"Eldorado" à "Si") des thèmes plus difficiles, plus dérangeants.

Le Peuple - Jeudi 25 septembre 1997

Théâtre jeune Public

Les rencontres / sélection 1997

Les rencontres / sélection du Théâtre Jeune Public 1997 ont vécu à Huy, pour la douzième année consécutive, l'expérience exaltante et cruelle du regard des autres : le jury, la presse, les artistes, les programmateurs de spectacles, les enseignants, les hôtes étrangers et un public nombreux de tous les âges. Même si les grands moments d'exception et d'émotions ne sont pas fréquents, le Théâtre Jeune Public est toujours un lieu d'échanges, de formation, de découvertes et de rassemblement passionnant.


Pour des enfants à partir de 10 ans

"Les poules" : Compagnie des Mutants. (Houdeng-Goegnies)

Cette farce lyrique, en quatre tableaux, pour faire quatre gallinacées et un pianiste est un extraordinaire moment de rire, de plaisir et de chansons.
Lassées de ne jamais être écoutées, d'assister à longueur d'année aux bagarres de leurs partenaires masculins, de n'être bonnes qu'à nettoyer, couver, veiller au grain, dorloter ou répondre aux attentes de leurs vaillants guerriers, les poules décident de faire la grève, de se refuser et de se barricader dans le poulailler.
Elles veulent, désormais, être considérées comme des égales. Tout n'ira pas toujours pour le mieux parmi ces dames ? Certaines hésiteront, seront prêtes à renoncer à leur projet de blocus,
mais les plus opiniâtres d'entre elles auront gain de cause et les poules resteront solidaires.
Ce propos de légalité "hommes-femmes" est traité avec brio par de très talentueuses comédiennes et chanteuses. Nous connaissons déjà Pascale Vyvere et Martine Godart et nous avons pu apprécier tous les atouts de Tatiana Bureaux et Brigitte Mariaulle.
Un spectacle à voir, coup de cœur et coup de foudre de l'ensemble de la presse.

Pauline HUBERT